Question altruisme

Question altruisme

L’enfer c’est les autres

Huis clos – Jean-Paul Sartre

Prélude

Il était là, assis sur un banc, comme chaque jeudi. La dernière fois que je l’ai vu, il m’a dit que c’était le jour des autres le jeudi. Je ne comprenais pas, mais depuis quelques mois je comprends. Je comprends puisque je m’étais assis à ses cotés, faute d’avoir pu trouver une place ailleurs, seul.
– Mauvaise journée hein ? me dit-il
– De quoi vous mêlez-vous ? répondis-je d’un ton plutôt agressif
– De tout, sauf de mes affaires. C’est le jour des autres le jeudi, vous ne le saviez pas ?
Resté baba, son culot suscita mon attention, pour ensuite attirer ma curiosité…
C’était un jeudi.

Autrui, un bien grand mot

Avoir affaire à soi-même est déjà une tare, si en plus nous devons intégrer les autres dans notre vie quotidienne rien ne va plus. Entre l’oncle Thierry qui n’arrête pas de râler sur le gouvernement, le neveu qui n’arrête pas de s’énerver sur son eu vidéo et mon meilleur ami qui ne fait que ressasser que sa vie n’a plus de sens à ses 24 ans après sa rupture, chacun.e a de quoi s’occuper en termes de vie sociale.

Cela est sans compter les autres, celles et ceux que nous ne connaissons pas mais qui nous entourent quotidiennement. Je parle du livreur sans papiers d’une société de livraison à domicile. Celui qui utilise le nom de paille du bobo parisien et son auto-entreprise qui ponctionne une partie de la rémunération du livreur pour accroître son patrimoine et faire du business. Je parle aussi de cet énergumène qui sous prétexte d’avoir une voiture soi-disante haut de gamme chauffe la gomme au carrefour manifestant sa virilité. C’est aussi le cas de cette femme visiblement triste qui sans vergogne jette sa canette de bière sur le trottoir sans aucune considération des conséquences de son geste, à commencer sur sa santé.

Autrui, les autres, le monde, les gens… Tant de qualificatifs pour désigner celles et ceux qui bien qu’extérieur.e.s à notre intimité ponctuent notre vie quotidienne puisque nous les croisons. Ces autres, c’est aussi nous, vous, moi, qui croisons le chemin de ce livreur qui a été renversé par ce conducteur un peu rapide dont le pneu à éclaté après avoir roulé sur un morceau de fer, manifestement une canette. Après vous être précipité pour le secourir, vous constatez que par chance il n’a rien et sous son casque, vous découvrez un visage bien familier, une vielle connaissance, un ancien camarade de classe que vous n’avez jamais pu revoir malgré vos relances sur un mauvais numéro.

Cette personne, victime d’un accident fortuit passe du rôle de l’autre à celui de connaissance voire de votre ami perdu de longue date. Flots d’émotions, vous en voulez à ce foutu chauffard qui lui-même en veut à cette foutue canette de bière.
Mais d’où vient-elle cette canette ? Est-elle la manifestation d’un geste de dépit, motivé par une tristesse profonde suite à la fermeture du restaurant qui l’employait à cause d’un virus ? 2 gamins à nourrir et un seul salaire.

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