Question travail

Question travail

J’aime le travail : il me fascine. Je peux rester des heures à le regarder.

Trois hommes dans un bateau – Jerome K. Jerome

Prélude

Comme chaque matin elle se réveillait. Son réveil ne lui servait plus à rien car son métabolisme avait intégré, enregistré puis programmé son cycle de sommeil tant les journées se ressemblaient depuis si longtemps. Pratique.

Comme chaque matin, il se promenait, aujourd’hui dans la forêt à la recherche de nouveaux organismes vivants afin de les étudier. Hier c’était en mer, demain en montagne. Aucune de ces journées ne se ressemblent, et c’est ce qui les rend si fascinantes, ce qui lui procure un plaisir constant.

Comme chaque matinée, elle se rendait dans le Lieu, où elle vérifiait par une expertise sans précédent un modèle complexe d’organisation, dans l’objectif de valider et publier les résultats qui auraient un immense impact dans le Monde. Cette validation de système lui permettrait d’explorer un autre champ d’étude, toujours sur son expertise.

Découvertes sur découvertes, il prolongeait ses journées dans son laboratoire d’expériences et tentait de comprendre toujours plus en profondeur la logique qui animaient l’organisation parfaite de ces animaux. Il était fasciné par la Fluidité qui animait cette communauté animale, et voulait absolument savoir si cela était applicable dans l’univers humain.

Comme chaque soir, elle transmettait son avancée quotidienne à son Supérieur, lui permettant d’affûter son expertise.

Comme chaque soir, il recevait l’avancée quotidienne de sa Servante, lui permettant d’affiner ses recherches.

Ces recherches lui serviront pour le Conseil des Supérieurs. Ils lui ont demandé ce Travail, sans savoir dans quel objectif. Actuellement en phase de transition pour la Productivité, le Conseil des Supérieurs n’a qu’un objectif en tête, avilir la caste des Servants en développant un modèle de travail basé sur celui des animaux les plus efficaces, productifs, avec des modèles validés par des experts qui vérifient leur validité.

Le Travail, étymologie

C’est une des étymologies les plus répandues de notre siècle. Travail est dérivé du verbe travailler provenant du latin tripaliare signifiant « torturer ». Si nous allons plus loin sur cette définition, elle représente le travail de torture d’un condamné. Plus tard, ce sont des aspects plus centrés autour de la notion de douleur quant à l’exécution d’une tâche, pour aboutir à l’action concrète de sons sens connu actuellement, à savoir l’effort fourni pour gagner sa vie.

Cette notion d’effort doit bien entendu être mise en perspective avec les conditions de travail d’antan. Nul besoin de souligner que l’effort des métiers de la terre semble bien différent de l’effort fournir pour s’asseoir, allumer un ordinateur et tapoter sur le clavier en se plaignant de la montagne de travail qui attend le salarié du tertiaire, secteur concerné par cet article.

Le Travail, évolution

S’il est fort amusant d’écouter les plaintes d’untel sur son aptitude à s’asseoir pour se laisser happer par un écran de pixels, il convient toutefois d’effectuer une sorte de translation de la douleur physique vers la douleur psychologique et amené par la merveilleuse révolution du tertiaire. Il existe une multitude d’ouvrage reprenant le mal du travail et les phénomène de burn-out, bore-out et compagnie. Nous laisserons donc le soin aux « experts » de traiter ce sujet dans leurs profondes études et ce paragraphe n’ira pas plus loin.

Le Travail tertiaire, temple de la négativité ?

Force est de constater l’immense négativité des salariés du tertiaire, dont la stérilisation de la pensée est devenue l’outil par excellence d’une école de profit qui semble connaître quelques limites en ce moment. En effet, pour en revenir aux origines du terme, le travail correspond pour beaucoup d’entre nous à ce qui permet de bénéficier d’un salaire, pour payer nos charges, et accessoirement, vivre. Cela est sans compter ce que le monde du travail représente aujourd’hui. A cet effet, je vous invite à lire sinon feuilleter l’ouvrage de David Graeber Bullshit Jobs, reprenant l’aliénation du travailleur. Aussi, un excellent podcast débutant en force avec cette fabuleuse manie qu’on les nouvelles générations à gonfler leur égo en anglicisant leur quotidien (dont les titres de postes restent des pépites), pour au final se trouver dans une vacuité de l’égo qui a plutôt laissé place à une forme de servitude volontaire, pour reprendre les termes de la Boétie. Sur cette dernière référence, la mise en perspective historique sera à apprécier bien entendu. Si vous voulez vous amuser, foncez sur LinkedIn et appréciez les pépites des titres qui nous sont octroyés dans la start-up nation, véritable Temple de Bullshit Terms.

Le Travail, amorce de la schizophrénie du 21ème siècle

J’ignore encore combien de fois j’entends des personnes parler de vie personnelle et vie professionnelle. S’il reste louable de scinder les deux, il semble que certaines variables ait été oubliées, mais qui par leur omniprésence dans notre vie, nous jouent des mauvais tours dans cette belle vision équilibrée entre vie personnelle et vie professionnelle. Ces variables, ce sont la sensibilité, l’émotion, rester humain en quelques sortes. C’est à mon sens ici que la dissonance naît.

En effet, à moins d’être vraiment schizophrène (pathologiquement), il semble que le travailleur du tertiaire ait tendant à forcer le trait en ayant une personnalité personnelle et une autre, dite professionnelle. Cependant, forcer ses émotions reste dangereux car ces dernières sont nos vecteurs naturels de réactions à notre environnement. Nos émotions ne peuvent être trompées que par la force de l’esprit, ce qui créé ipso facto une dissonance entre notre esprit et notre corps. A vouloir être Soi chez soi et untel au boulot, nous façonnons une autre personnalité qui nous invite à créer une scission de nous-même.

Une année, deux années, trois années, puis de plus en plus d’années d’expériences qui nous font devenir de formidables acteurs. Le problème est simple : nous ne jouons pas une fiction mais vivons notre vie, une vie en dissonance. Voilà ce que je considère comme étant une schizophrénie du monde professionnel et c’est un drame. C’est un drame car je ne cesse d’échanger avec des personnes qui se sentent mal, qui ne comprennent plus où elles en sont. Le déclencheur est souvent le même, une angoisse, un mal-être, que la raison ne peut expliquer, puisque ce sont les émotions qui se manifestent, ces mêmes émotions enfouies par cette même raison. Dissonance, donc. Contre la dissonance, une solution : l’équilibre. Une vision humble et balancée, et qui ne suborne en aucun cas une émotion à une raison, ni une raison à une émotion. Mais pour cela, il nous faut de l’aide, et cette aide, c’est l’entreprise qui est censée nous la fournir dans notre quotidien de salarié. Avis aux jeunes European Chief Happiness Success Internal Managing Director, la culture d’entreprise est la clef de voûte de la réussite et cette clef de voûte réside dans la considération de l’Humain, pas de théories généralistes.

Une géniale exposition actuellement en cours au CCCOD (Centre de Création Contemporaine Olivier Debré à Tours) traite du bonheur au travail. Pour en savoir pus, rendez-vous ici : variable d’épanouissement. Lorsque j’y suis allé, ce qui m’a le plus marqué, c’est de me souvenir du cette période où je débutais dans l’univers du travail, et mes différents passages dans des structures allant de la jeune start-up à la banque systémique. Cela faisait d’autant plus échos que je me considère chanceux de mes expériences, lorsque j’écoute les autres m’en parler. Le socle était le même, une forme d’aliénation, de vacuité, l’une en costume sur mesure, l’autre avec des baby foot et des paniers de fruits offerts, pour vendre. Mais ça, c’est une autre histoire.

Enfin, s’il est une distinction qu’il me semble intéressante, ce serait d’un côté la vie en société, et de l’autre la vie privée. Quid du collègue qui devient un ami et inversement sinon ?

Le Travail, La Coquille, ses Fondations

L’un des vecteurs de cette schizophrénie professionnelle est celle de la culture d’entreprise. Lors de recherches d’emplois dans les entreprises (et notamment les miennes), sont vantées des cultures d’entreprise qui sont, après prise de recul, à 90% les mêmes. Y aurait-il donc une seule culture d’entreprise généralisée, théorisée ? « Excellente ambiance, on centre sur l’humain, le client est notre priorité ». Entendre : « semblant d’équilibre sous un objectif de rentabilité pour satisfaire les futurs « Business Angels » lors des levées de fonds ». Au passage, la course à la Licorne reste une course à la Chimère, et une Chimère, eh bien ça n’existe pas. Dans l’univers fou de la finance et de l’économie, sur quoi repose le succès d’une entreprise aujourd’hui ? sa valorisation. Sur quoi repose la valorisation, sur l’argent. Sur quoi repose l’argent, une croyance (cf autres articles). Regardez le bandeau déroulant en haut de ce site : Maddyness. Sont constamment soulignée les levées de fonds. Pour parfois réinventer la roue.

Les fondations du jeune travailleur des temps modernes reposent sur beaucoup d’Incertitude pour ne pas écrire du vent, ce qui en fait une sorte de coquille vide. Si les mathématiques nous ont appris que « – » par « – » ça fait « + », du vide sur du vide… Vous m’avez compris.

Une forme de fuite en avant ponctue le travail d’aujourd’hui, sans compter les innombrables témoignages des personnes ayant tout quitté pour se reconnecter avec… la nature, et bien heureux de nous en faire part via les réseaux sociaux, une forme de rereconnexion ?

Conclusion ?

Les fondements du travail doivent être appréciés pour ce que représente le Travail au sens noble du terme. Travailler, c’est cheminer, composer avec ce que nous sommes, ce que nous avons et ce que nous voulons. Seulement, trop de variables ont été créées, qui plus est sous le joug d’un progrès nous avilissant au rang d’expert exécutant.

Cela me rappelle une conversation fort intéressante avec une personne ayant passé l’agrégation de mathématique pour devenir professeur. A ma question « as-tu constaté une évolution des programmes dans le temps ? » elle m’a répondu oui et voici la synthèse de ce qu’elle en a dit.

Jadis, nous formions des personne pour façonner des systèmes, créer, penser. Progressivement, nous avons intégré dans les programmes des activités bien plus centrées sur la vérification et l’exécution (Probabilités nous voilà). En d’autres termes, nous ne formons plus des êtres pensant, mais des exécutants, mais des exécutants experts s’il vous plaît.

Actuellement en phase de transition pour la Productivité, le Conseil des Supérieurs n’a qu’un objectif en tête, avilir la caste des Servants en développant un modèle de travail basé sur celui des animaux les plus efficaces, productifs, avec des modèles validés par des experts qui vérifient leur validité.


  • Pour approfondir le sujet des programmes de mathématiques, consulter cet article : Evolution du programme de maths en terminale scientifique. Je vous laisse extrapoler pour les autres filières ;
  • Pour commander l’ouvrage de David Graeber, merci de ne pas utiliser Amazon ;
  • Pour une approche podcast de la Servitude Volontaire – Podcast France Culture (si l’on apprécie le style Enthoven) ;
  • Sur l’histoire du Travail dans la société, son évolution, ne pas hésiter à regarder des termes de type taylorisme, fordisme, DIT pour Division International du Travail, les études sur Adam Smith ou Ricardo sur les théories des avantages absolus / comparatifs qui ont invité à considérer la spécialisation, la définition de force du travail de Marx. Ces principes, dont le propos n’est pas des leur donner raison ou non, restent ceux qui ont fondé les raisonnements des théories actuelles.

A bientôt

Paradigmatiks.

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